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Media & Entertainment5 oct. 2026

En Sicile, le tournage d'« Oliva Denaro » ravive l'affaire Franca Viola

À Sampieri, en Sicile, a commencé le tournage d'« Oliva Denaro », adaptation du roman de Viola Ardone inspiré de Franca Viola, qui refusa en 1965 d'épouser son ravisseur.

En Sicile, le tournage d'« Oliva Denaro » ravive l'affaire Franca Viola

Le 26 décembre 1965, dans une maison d'Alcamo, en Sicile, un garçon s'agrippe aux jambes de sa sœur et ne les lâche plus. Franca Viola a dix-sept ans. Selon le récit de l'affaire repris par la presse italienne au moment de l'annonce du tournage, son ancien fiancé Filippo Melodia, présenté comme un malfaiteur notoire et neveu d'un chef de clan local, fait irruption avec treize jeunes gens armés : l'appartement est saccagé, la mère rouée de coups, Franca et le petit Mariano enlevés. L'enfant est relâché quelques heures plus tard ; sa sœur, non. Elle passera les sept jours suivants séquestrée dans une ferme isolée, puis chez la sœur de Melodia, avant d'y être violée.

Contre elle, toujours selon ce récit : l'État italien, la mafia, une société patriarcale et archaïque qui la tient pour un accident de parcours. À ses côtés, deux hommes seulement — l'avocat Ludovico Corrao, dont la défense dépasse le simple devoir professionnel, et son père Bernardo, qui ne l'abandonne pas et se constitue partie civile au procès, au risque de son travail. C'est là qu'elle prononce cette phrase : « Io non sono proprietà di nessuno », je ne suis la propriété de personne, ajoutant que l'honneur se perd chez celui qui commet ces choses, non chez celle qui les subit. Melodia et ses complices sont condamnés à onze ans de prison. Franca Viola épouse un autre homme et se réapproprie sa vie. Il faudra attendre 1981 pour que le mariage réparateur et le crime d'honneur disparaissent du code pénal. Elle est vivante et a aujourd'hui 78 ans.

Ces derniers jours, c'est à Sampieri, sur le littoral de Scicli, que la caméra s'est mise en marche. La troupe de Palomar, la société de production de Carlo Degli Esposti, a tourné à Punta Pisciotto pour « Oliva Denaro », réalisé par Cristina Comencini. L'administration communale dirigée par le maire Mario Marino accueille le projet avec le concours de la Scicli Film Commission. Le film est tiré du roman de Viola Ardone paru chez Giulio Einaudi Editore en 2021 et s'inspire de l'histoire véritable de Franca Viola ; les décors se partagent entre Monterosso Almo, Ragusa, Sampieri et Scicli. L'héroïne, Oliva, est une adolescente sicilienne qui prend pour modèle la jeune femme d'Alcamo, celle qui, dans les années 1960, refusa d'épouser l'homme qui l'avait enlevée et violée et transforma un choix personnel en affaire nationale.

Le décor n'est pas anodin pour Palomar : la société produit « Il Commissario Montalbano », tourné à Scicli de 1998 à 2019. Pour Viola Ardone et Cristina Comencini, il s'agit d'un nouveau rendez-vous avec cette maison après « Il treno dei bambini », sorti en 2024 et adapté d'un autre roman de l'écrivaine. Née à Rome en 1956, diplômée d'économie, entrée au cinéma aux côtés de son père Luigi, la réalisatrice compte trois Nastri d'Argento, distinction cinématographique la plus ancienne d'Italie.

Les mots du procès, repris dans les pages consacrées au tournage, continuent de circuler : « Nessuno può costringermi ad amare una persona che non rispetto. L'onore lo perde chi le fa certe cose, non chi le subisce. » Sur l'écran, c'est Oliva qui les prononcera. Derrière elle, une femme de 78 ans, dont la presse italienne rappelle qu'elle a fait d'un refus une affaire nationale.