À Scicli, un colloque international relie littérature et justice autour du juge Santiapichi
L'Association internationale des critiques littéraires a célébré le centenaire de Severino Santiapichi, magistrat sicilien né en 1926, à travers deux journées de débats sur la censure et le droit.

Le 2 octobre 2026, la salle du conseil municipal de Scicli a accueilli la première session du colloque « Letteratura e giustizia. Nel centenario della nascita del giudice Severino Santiapichi », organisé par l'Associazione internazionale dei critici letterari (AICL) avec la commune. En ouverture, le maire Mario Marino a prononcé une allocution sur celui qui naquit dans cette ville en 1926 : avocat, préteur, magistrat, président de la première cour d'assises de Rome, procureur général de la République à Pérouse et procureur ad honorem près la Cour de cassation. Il présida quelques-uns des procès les plus complexes de l'histoire républicaine italienne, dont celui de l'attentat contre Jean-Paul II et le procès Moro-bis, et fut vice-président de la Cour suprême en Somalie — une source le présente aussi comme père constituant de ce pays. Le journaliste Salvatore Lordi, auteur d'une biographie récente, l'a surnommé « giudice gentiluomo ».
Les trois sessions — aula consiliare et palazzo Spadaro le 2 octobre, puis musée d'art contemporain du Carmine le samedi 3 — ont décliné le thème sur un spectre large. Les interventions espagnoles d'Angel Basanta, sur l'œuvre de Gonzalo Torrente Ballester sous la censure franquiste, et de Fernando Valls, sur « la censure d'hier et d'aujourd'hui », ont voisiné avec celle du Roumain Stefan Damian sur la justice aux échecs, tandis que Pierfranco Bruni a parlé du « Procès » de Kafka. Neria De Giovanni, présidente de l'AICL, revenue d'un colloque de l'université de Cambridge consacré à Grazia Deledda cent ans après son prix Nobel, a présidé les travaux et présenté un roman peu connu de l'écrivain sarde, « La Giustizia » (1899). Les actes ont été publiés chez Nemapress Edizioni.
Les comptes rendus siciliens relèvent un succès inattendu pour l'intervention de Corrado Monaca, « Da via Fani a Scicli : con Leonardo Sciascia e Saverino Santiapichi ». Le récit de témoin y tenait une place importante, mais le conférencier a déclaré placer au centre de son propos la figure de Santiapichi, président de la première cour d'assises de Rome au procès Moro-bis, qui unifia les procédures Moro-uno et Moro-bis. Attiré par le bruit des coups de feu, Monaca s'était retrouvé le 16 mars 1978 sur les lieux de l'attentat de via Fani, à quelques minutes de son domicile. La mitraillette des assaillants tira quatre-vingt-treize projectiles ; les balles percèrent les quatre portières des deux voitures sur le flanc gauche, brisèrent les vitres et tuèrent les agents de l'escorte. Si Aldo Moro s'était trouvé dans la Fiat 130, sur la banquette arrière gauche, il aurait été criblé de balles comme eux : pour Monaca, l'enlèvement a eu lieu ailleurs. Une diversion le conduisit à l'hôpital Gemelli, où il apprit du frère de Moro que le président n'y était pas. Pendant les cinquante-cinq jours de la séquestration, il traversa lui-même l'Italie à plusieurs reprises sans être contrôlé, malgré le déploiement des forces de l'ordre.
Il a évoqué « L'Affaire Moro » de Leonardo Sciascia et la thèse, toujours actuelle selon lui, d'un scénario déjà écrit — mais pas par les Brigades rouges. Le procès Moro-bis s'était conclu en 1983 sur trente-deux condamnations à perpétuité, en grande partie confirmées en appel et en cassation, et les actes comportent encore, selon lui, bien des zones d'ombre. Pour le conférencier, « l'élimination du président de la Démocratie chrétienne représente une césure historique » qui mit fin à la stabilité politique et sociale de l'après-guerre. La réflexion finale a porté sur le sens de la magistrature « comme garantie » et non « comme pouvoir alternatif » selon Santiapichi, dans le sillage de l'appel du président de la République Mattarella à chercher la vérité comme « objectif primordial de la démocratie », rapporté par Radio RTM. Au musée du Carmine, la dernière session devait encore faire dialoguer André Gide, Vicente Aleixandre et Enzo Tortora avec Dante, Gramsci et la juge médiévale Eleonora d'Arborea.